mercredi 18 mai 2016

N° 47 : DERNIER LONG SEJOUR AU MALI

marchons avec joie et en couleurs !
De retour au Mali début avril, je suis en train d’y vivre mon dernier « long séjour » : presque 2 mois, qui se sont répartis comme suit :

c'est l'époque des mangues: Emmanuel vous en propose une brouette...à bon prix !
-      8 jours de retraite à Ségou : En allant vers le nord (à Mopti) j’ai fait halte  à Ségou dans la communauté religieuse où je m’arrête souvent pour prendre un café ou une bière…cette fois-ci, j’y suis resté une semaine entière pour un temps prolongé de réflexion et de prière. J’en ai profité pour m’atteler à un « livre-monument », de Joseph MOINGT, intitulé «  croire au Dieu qui vient ». C’est seulement le tome 1 et il fait 600 pages, en petit caractère !!! Un peu difficile à avaler, je le reconnais ! Est-ce cela qui m’a fatigué ?  je ne sais pas…. Mais en arrivant à Mopti, il m’a fallu…
Chez les soeurs, j'ai aussi fêté le passage aux 67 ans
avec quelques amis
photo de famille
…8 JOURS en « repos forcé » que j’ai passé à Sévaré, chez les « sœurs de Jésus  Ouvrier », qui habitent à 300 mètres de l’hôpital géré par la Mission, et qui m’ont choyé, pour que je retrouve la forme, et me débarrasse du Palud + Typhoïde + hypo-glycémie + chute de tension (à 8/6 !)…. Le bonhomme n’en menait pas large !!!
rien à ajouter.....c'est "l'essence même" ....de notre foi !?
-      Fête du 1° Mai avec la JOC. J’avais juste retrouvé la forme (pas olympique encore, car la grosse chaleur fatigue beaucoup !), pour accompagner les jocistes à leur fête diocésaine, que j’ai bien appréciée. Ils étaient environ 70 jeunes, et la fête était vraiment conduite par eux !
photo du rassemblement JOC
-      Lancement et suivi d’un chantier nouveau à Bignat-ville. Pendant trois bonnes semaines, j’ai vécu au rythme « d’un chef de chantier qui surveille les travaux ». En effet, avec l’aide financière de certains amis, on a pu s’engager à « sauver un terrain et une maison d’habitation » de la montée régulière des eaux du Niger. Depuis 15 ans, l’érosion est telle, qu’une famille amie a perdu le tiers de son terrain, et que l’eau du fleuve (à la saison des pluies) arrive à moins d’un mètre de la porte de la maison ! La construction d’une digue protectrice s’imposait, mais impossible de l’envisager sans financement extérieur. Pendant 15-20 jours, je suis venu m’asseoir sous les manguiers, pour lancer les travaux et voir leur avancée. De temps en temps, je prenais bien la pelle, mais je ne tenais pas longtemps par des 40°45° à l’ombre ! Ce temps m’a permis de me plonger dans plusieurs livres, tout en admirant les activités des uns et des autres au bord du fleuve, tout en constatant le courage des travailleurs Maliens…. Et aussi de me plonger carrément dans les eaux chaudes du Niger (plus propre que le Bani qui passe devant la Mission à Mopti !)
Luc indique le niveau qu'il faut combler (et qui a été emporté par le fleuve !)
le sable est déchargé de la pirogue
le chantier fait la joie des enfants
début de la tranchée et du chantier
le gravier doit être transporté en camion et traverser le fleuve !
ENTENDU A LA RADIO ET LU DANS LA PRESSE LOCALE :
un petit motoculteur (venant des Essarts) a traversé le Niger, pour le projet RIZ-JOC

Fin Avril, j’entends une radio internationale  se réjouir parce que « sur les 100 personnes les plus influentes dans le monde, retenues par le Time, il y avait …  trois Africains ! » (article ci-dessous), et parmi les trois :
-       Une jeune Gambienne qui vit en Amérique du Nord
-       Un prêtre Erythréen qui vit en Italie
Ces deux-là ont eu tout le soutien médiatique que l’on connait dans les pays du Nord, pour se faire connaitre et reconnaitre !. Cela n’enlève rien à l’importance de leur combat, çà va de soi  !
-       Il n’en reste qu’UN SEUL sur le sol Africain !

« Trois seulement ? ou même UN SEUL ? »  me suis-je écrié ?  « N-y a-t-il pas plus d’Africains qui méritent qu’on les reconnaisse, comme des  bougeurs de planète ou au moins de leur continent ? Comment se fait-il qu’on ne reconnaisse pas le travail et le courage des Africains qui font  changer les mentalités. CAR IL Y EN A !
Que l’on n’en trouve pas dans la classe politique, n’est pas étonnant…..et c’en est d’autant plus dramatique !
Mais que l’on n’en trouve pas dans la société civile….pose question !  Pourquoi ne les reconnait-on pas ? Parce qu’ils sont trop silencieux ? Pas assez actifs ? pas assez performants ?....ou trop loin des USA et son journal le « Time » ?
C’était mon simple avis, en cette période de chaleur où on s’énerve facilement !
Luc attache son âne, surnommé "Coumély"  (tiens donc!)

Comme chaque année, le magazine américain Time vient de publier la liste des 100 personnes les plus influentes dans le monde. Parmi elles, trois Africains, tous issus de la société civile : le docteur Denis Mukwege, qui soigne les femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo ; la jeune Gambienne Jaha Dukureh, fondatrice d'une association de lutte contre l'excision ; et un prêtre érythréen, Mussie Zerai, qui aide les migrants qui essaient de rejoindre l'Europe.
Le docteur Denis Mukwege est le plus connu des trois. Son travail auprès des femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo est salué depuis des années dans le monde entier. Il a d'ailleurs reçu l'année dernière le prix Sakharov au Parlement européen pour cet engagement sans faille. Dans le portrait qui accompagne la liste, on peut lire : avec sa voix calme et son sourire, Denis Mukwege est devenu un sanctuaire dans la guerre oubliée qui se joue dans la région.
Le magazine américain a également distingué la jeune Gambienne Jaha Dukureh. Le Time a même choisi de la placer dans la catégorie « Leader ». Celle dans laquelle on croise Barack Obama, François Hollande, Vladimir Poutine, Angela Merkel, les dirigeants chinois, turc et nord-coréen ou encore Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire internationale.
Jaha Dukureh et la question de l'excision
Il faut noter qu'aucun dirigeant africain ne fait partie de la liste. Les trois personnalités du continent sont toutes issues de la société civile. A l'image donc de Jaha Dukureh. Excisée lorsqu'elle était enfant, elle consacre aujourd'hui toute sa vie à lutter contre ces mutilations. Elle a lancé une pétition l'année dernière sur Internet, obtenu plus de 220 000 signatures... assez pour que le président américain décide de se pencher sur la question.
Le combat de Jaha Dukureh a surtout conduit le chef de l'Etat gambien a annoncer l'interdiction de l'excision dans le pays alors que la pratique était largement répandue. Les trois quarts des femmes étaient concernées mais, depuis quelques mois, ceux qui imposent des mutilations sexuelles risquent jusqu'à trois ans de prison et 1 300 dollars d'amende.  
Mussie Zerai et le drame des migrants
Enfin, le Time magazine a aussi placé dans son classement le prêtre érythréen Mussie Zerai. Ce dernier a fui son pays à l'âge de 17 ans et aujourd'hui, de l'Italie où il est installé, il aide les migrants qui comme lui viennent chercher une vie meilleure en Europe. Mussie Zerai, les passagers des canots connaissent son numéro de téléphone et l'appellent en cas de problème. Le prêtre catholique se charge ensuite de transmettre les coordonnées des bateaux aux garde-côtes pour que les migrants puissent être secourus.
« Quand je reçois un appel de détresse de la mer Méditerranée, depuis 15 ans, je collecte toutes les informations : combien de personnes se trouvent à bord, quelles sont les conditions météo, où se trouve le bateau exactement, témoigne le prêtre. Puis je téléphone aux garde-côtes italiens pour qu'ils viennent les secourir. Mon numéro passe d'une main à l'autre, il circule sur les réseaux sociaux, même sur des radios dans notre langue. Depuis dix ans, mon téléphone est devenu un téléphone public ! Et de conclure : J'essaie de sauver les vies de ces gens, voilà ce que je fais.


j'en ai aussi profité pour "passer mon permis bateau"! (valable uniquement sur le Niger!)
baignade dans le Niger avec quelques jocistes

c'est aussi l'époque de la récolte des oignons....

et de leur transport en pirogues ou en camions

Emmanuel et sa grande soeur Rosine, vous disent "Bonne route!)



jeudi 14 avril 2016

N° 46 : De PASSAGE AU MALI


AFRICA !
Bonjour à chacune et chacun depuis le Mali que je viens de retrouver.
Margelle d'un puits marqués par le frottement des cordes
saison sèche : le niveau d'eau a beaucoup baissé
Ici, c’est la grosse chaleur avec plus de 40° (à l’ombre) et un vent brûlant qui nous vient du désert…. Ça change des températures fraiches de l’Europe (Italie et Paris) où j’ai vécu quelques réunions avec la CIJOC, visites d’amis à Rome ou en France, semaine sainte à Paris, sans oublier les contrôles médicaux nécessaires.
le pape François dans la foule, avant l'audience du Mercredi
vue sur Rome
           Puis je suis rentré au Mali (le 6 avril) en prenant le col le moins cher….mais pas forcément le plus direct ! Car en prenant Turkish Airlines, je suis passé par Istanbul et ai passé une journée de 13 heures dans deux avions et aéroports ! Cà permet de découvrir d’autres paysages, et une compagnie forte accueillante, ma foi !
belle vue sur Paris (l'ile de la Cité au centre)
vue d'Istanbul (Turquie)
        De passage à Bamako, j’ai pu aussi rencontrer les responsables et aumônier JOC durant tout un weekend et proposer une formation en vue du conseil international (ce que je fais dans chaque pays visité)
avec la JOC du Mali
            Je vais durer un bon mois au Mali, pour y vivre un temps de retraite et de visites de travail, tout en préparant ma prochaine tournée vers l’Afrique de l’Est.

les moto taxis à Cotonou ( Bénin)
            BON COURAGE A VOUS !


vue sur Paris au décollage pour Istanbul
vue de la place St Pierre, depuis le sommet de la coupole

la fontaine de Trévi, (Rome) récemment restaurée
            Une amie Québecquoise  m’a envoyé un beau texte-témoignage ci-dessous, que je suis heureux de vous transmettre :  cette lecture est réconfortante...
sans commentaire !
Le Père Benoît Lacroix a 100 ans (8 septembre 2015)
Un grand homme encore parmi nous.
  Alors qu’il célèbre aujourd’hui son 100e anniversaire, le prêtre dominicain Benoît Lacroix  – également historien, enseignant et écrivain – partage sa vision réfléchie de la vie, de la mort, et son regard critique sur la religion catholique.                        Entrevue avec un religieux épris de liberté.
-
Lorsqu’on vous a proposé cette entrevue, vous avez dit : « Paraît-il que c’est mon anniversaire. » Ça vous amuse d’avoir 100 ans ?
Oui, parce que tout le monde me rappelle ce que je n’ai pas le droit d’oublier.
C’est un âge qui me surprend, même parfois je ne crois pas avoir 100 ans, mais je les ai. Je ne vois pas beaucoup de gens qui parlent de mes 100 ans sans se demander s’ils se rendront à cet âge. C’est une chance que j’ai. Et je peux célébrer avec une certaine vigueur, je peux en parler. Il paraît que je ne déraille pas trop ! (rires)
- Qu’est-ce que cet âge vous évoque ?
C’est un peu mystérieux. En s’approchant de 100 ans, on s’approche d’une échéance. On avance avec la certitude que ça ne peut pas durer.  En même temps, j’ai duré jusqu’ici, alors ça m’encourage à penser positivement. J’ai 100 ans, pourquoi pas 101 ans ou 102 ans ?
Mais ce ne sera pas 200 ans. L’ambiguïté d’avoir 100 ans est difficile à décrire, parce que tout le monde me félicite, mais moi qui ai 100 ans, je sens que mon corps est moins agile. Je suis dépendant de quelques pilules, de quelques visites au médecin, de quelques examens périodiques pour la santé.
« La télévision est née… en 1950 ! J’avais déjà presque 40 ans. C’est un monde ! »
- Comment entrevoyez-vous l’avenir ?
L’avenir est limité. Il y a la vie, la mort, puis l’au-delà. Je suis un croyant. Ensuite, je suis un historien.
Je m’aperçois que les religions musulmane, juive et chrétienne croient que ça ne finit pas avec la mort.
Ça m’impressionne, comme historien, cet univers d’espérance pour toute l’humanité croyante, et je me dis : ça ne se termine pas comme ça.
Je suis certain qu’il faut que ça continue. Ça donne un élan ! Ensuite, j’ai accompagné tellement de gens en fin de vie que je sais de quoi il s’agit.
Ce qu’on appelle la mort est un passage et non pas une finale. Pour toutes les personnes marquées par la culture chrétienne, ça va de soi.    Mais beaucoup de gens ne sont plus capables de croire à ça, parce qu’ils ont été blessés.
- Par la religion catholique ?
Plusieurs ont été trompés par la religion. Elle a paru comme une morale mal ajustée à la société, surtout en matière conjugale et sexuelle.   La religion a voulu mettre des lois et elle n’avait pas à le faire. Elle a fait du zèle, elle a pris des risques et elle a éloigné beaucoup de monde.
Comme historien, je m’y attendais. Il faut retrouver la liberté pour pratiquer une religion.
C’était dangereux de mettre des péchés au bout de ça, avec l’enfer, le feu et le purgatoire. Ce n’était pas correct.
On voulait tellement avoir raison qu’on a commencé à faire peur aux gens. Si on fait peur aux gens, on n’est pas dans la bonne religion.
-
Vous faites preuve d’une ouverture d’esprit étonnante par rapport à l’image qu’on se fait de la religion catholique
J’ai beaucoup vécu avec les jeunes. Je les ai accompagnés. J’ai fait beaucoup de funérailles de jeunes suicidés.
J’ai connu beaucoup d’étudiantes qui se faisaient avorter. Quand on vit tout ça, on n’a pas envie de faire de morale; on a envie d’aider.   Il faut faire confiance aux personnes, quelle que soit leur misère ou leur erreur. Je n’ai pas du tout envie de juger qui que ce soit.
-
Vous considérez-vous comme progressiste ?
Je n’ai aucune idée si je suis progressiste ou arriéré.
Devant une personne à qui il arrive toutes sortes de choses et qui t’en parle comme si tu étais son frère, qu’est-ce que tu fais ?  Tu l’écoutes et tu l’aimes. Ce n’est pas le temps de dire: «Fais pas ça.» Ce n’est pas par des discours qu’on aide des gens, souvent c’est par notre présence, notre attitude.
- Que pensez-vous du pape François ?
Il est en train de brasser la cage, ça va faire du bien. Il est très crédible. C’est un leader.
Il est ouvert, respecte la liberté, n’a pas peur des autres, ne se gêne pas pour fraterniser avec des gens qui, en principe, ne sont pas de son bord…  C’est très positif. Surtout, il ne moralise pas pour rien. Je voyais que les papes n’en finissaient pas d’être contre l’avortement, de le répéter en citant le pape précédent…
Ça m’énervait. Lui, il parle de l’importance de la vie, c’est tout.
-
Avec un nom comme Lacroix, vous deviez être prédestiné à la religion ?
Pas du tout! J’avais une blonde que j’aimais beaucoup ! C’est un choix qui s’est fait à mesure. J’avais 20 ans et elle était belle, c’était dur ! (Rires)   À notre dernière rencontre, elle m’a dit : «Si tu veux faire un prêtre, fais un prêtre. Et si ça marche pas, on fera des p’tits prêtres !» (Rires)    J’ai reçu le don de la foi. Le Christ a inclus sa mort dans le don de soi. Je suis en admiration devant lui, comme je le suis devant Gandhi et Martin Luther King…
J’ai vécu 100 ans, Gandhi est mon contemporain, Luther King est de mon temps. Ces gens ont donné leur vie.
- Pourquoi êtes-vous allé chez les Dominicains en particulier ?
Ça, c’est purement superficiel! Je ne voulais pas vivre comme les prêtres séculiers, seuls dans les presbytères, ça ne m’apparaissait pas normal.   Je voulais trouver une place avec un esprit familial. Chez les Dominicains, il y a beaucoup de liberté et en même temps beaucoup de cohésion.
Et les gens étudient beaucoup. Je n’ai pas choisi, je suis allé voir. Ce n’est pas une vocation brillante mon affaire, je me suis laissé porté par les circonstances.    J’y suis entré en 1936 et je suis bien ici. J’y ai appris la vie.
- Vous optimiste, qui voit le beau plutôt que le laid, le bon plutôt que le méchant.
    Comment faites-vous pour rester émerveillé après toutes ces années?
Je suis très optimiste parce que je suis très marqué par la nature.
Dans la nature, la lumière est plus forte que les ténèbres, le jour est plus fort que la nuit, l’arc-en-ciel est plus fort que tous les orages, le tonnerre et les éclairs, le bien est plus fort que le mal, l’amour est plus fort que la haine…

À propos de…
*       
La mort : «Je n’ai pas peur de la mort, je l’ai côtoyée beaucoup autour de moi. Je la trouve normale, acceptable.
Pour moi c’est un fait, une situation normale de l’existence humaine.»
*        
La nature : «Je suis très près de la nature. J ’ai été éduqué avec et par la terre, chez des cultivateurs.
J’ai vécu près des Amérindiens, pour qui la nature est presqu’un Dieu. Je crois qu’elle m’aide à faire face à la vie.»
*        
La sexualité : «Il faut en parler, sans aucun doute. Ça fait partie de l’expérience personnelle, il ne faut pas mettre du mal là-dedans.»
*        
L’amour : «Les gens me demandent souvent: “Comment faites-vous, vous ne faites pas l’amour?” Non, mais on n’en finit pas d’aimer. Je ne manque pas d’amour.»
*     
Côte-des-Neiges : «Une grande richesse»
Benoît Lacroix vit au couvent des frères dominicains Saint-Albert-le-Grand, dans le quartier Côte-des-Neiges.
«Il y a là la vie multiethnique à son meilleur, dit-il.
Pendant l’été souvent, je vois la femme musulmane intégriste habillée, pour nous, de façon démesurée, à côté de la petite qui est presque en bikini, et personne n’a l’air de s’étonner et, surtout, personne n’a l’air de juger l’autre. C’est une grande richesse. Une richesse sociale.»
le Colisée (à Rome) la nuit

Rendez-vous au prochain Blog !


samedi 19 mars 2016

N° 45 - PASSAGE EN EUROPE


"âne..au...mali ?"
Bonjour à toutes et à tous, depuis l’Italie où je me trouve en ce moment :
-          Pour travailler avec la CIJOC : faire le bilan des 8 premiers pays visités, et préparer la prochaine tournée en Afrique de l’Est.
-          Pour prendre un peu de repos, et visiter Rome avec des amies vendéennes
-          Pour me remettre –entre autres- de « mon aventure Tchadienne » (voir ci-dessous) après le passage en Centre Afrique  

Photo-souvenir avec les frères capucins au Bénin      
Amélie devant un étalage de robes au Congo: l'embarras du choix!
Visite en République Centre Africaine :

= première impression (que j’avais eue déjà en faisant une escale technique entre Douala et Brazza) : c’est la « pagaille de l’aéroport » : plein de gens marchent autour des pistes d’atterrissage…et au bout de la piste, touchant les avions en stationnement, un immense camp de réfugiés. Ils sont venus là dès le début de la crise, pour être près de la Force Française (dite « Sangaris ») qui est stationnée près de l’aéroport ! On a l’impression d’atterrir dans un camp de réfugiés.
atterrissage à Bangi à côté du camp de réfugiés
les gens se promènent près de l'avion en plein décollage
= le jour de mon arrivée (le 20/2) c’est aussi le jour de la proclamation des résultats des présidentielles : Tout le monde a peur de la réaction du « camp du perdant ». Mais tout s’est bien passé, dans le calme ! Les gens disent que « depuis la visite du Pape François, à la fin novembre, les violences ont beaucoup diminué, et que le calme est en train de revenir ! »…. Si c’est cela, le remède, le Pape devrait faire plus de voyages !
souvenir du passage du pape François
affiche montrant les antagonistes (Séléka et Anti-balakas) brûlants leurs armes
= Grâce à des visites diverses dans des paroisses, j’ai pu voir de près, la situation des réfugiés (cf ci-dessous). J’ai été témoin aussi de l’action formidable que mènent les Salésiens qui ont une école professionnelle de 400 élèves, et qui accueillent en plus (en cours accéléré)  plus de 500 autres jeunes de 18 à 25 ans, qui sont des anciens « anti-Balaka », des jeunes qui ont fait partie de ces groupes armés incontrôlés, érigés en groupe d’auto-défense, et qui semaient aussi la terreur dans la ville. Aujourd’hui ils se remettent doucement à la vie normale. Certains expriment l’envie d’apprendre vraiment un métier.
cathédrale de Bangui: "beaucoup de 4X4 à la messe!"
= du Côté de la JOC : on le savait…il n’y a plus rien, sauf la présence d’un aumônier nommé ! Il n’y avait pas grand-chose depuis plusieurs années, mais la guerre civile n’a rien arrangé ! J’ai passé ma semaine à nouer quelques contacts, à informer en utilisant une radio locale et à préparer une rencontre de sensibilisation. Espérons qu’il y aura des suites !
au centre Jean XXIII, les réfugiés occupent la cour....
......et aussi la chapelle.
HISTOIRE VECUE : Mercredi 24 février : Je suis invité à aller saluer le bureau national des « Aïta Kwé » (ce qui veut dire : «on est tous frères et sœurs ») : c’est l’équivalent du mouvement des enfants (A.C.E. en France, ou « amis de Kisito » au Mali). La rencontre a lieu au centre Jean XXIII, là où sont tous les bureaux des mouvements, les services de la pastorale sociale, avec un amphi, une chapelle et une grande cour…. Quelle n’est pas ma surprise de voir que j’arrive dans un véritable camp de réfugiés, installés là, sous des tentes de l’UNHCR, et dans les locaux de l’église et de la paroisse avoisinante. Ils sont une foule…. On me dit qu’au moment de la crise, ils ont été entre 15 et 20 000 entassés, là. Les différentes églises de Bangui en auraient accueilli dans leurs locaux jusqu’à 120 000 ! Aujourd’hui au centre St Jean XXIII,  ils ne sont « que » 4 ou 5 000…on ne sait pas trop ! Une foule d’enfants en bas âge, beaucoup de femmes et de personnes âgées…. Et tout le monde vit là, (cuisine, lessive, toilette, vaisselle…) dans des espaces réduits et dans une grande promiscuité, sans savoir de quoi sera fait demain. Ce que je retiens, pour garder un regard positif, c’est que le mouvement des enfants n’a pas arrêté de vivre pendant ces mois de conflits…. Et j’ai pu lire de beaux témoignages montrant comment les enfants ont agi pour sortir d’autres enfants du cycle de la violence ou de la délinquance. Bravo les enfants.
poême des enfants "Aïta Kwé"
-          Le Vendredi 26, même type de rencontre dans l’immense terrain des Salésiens. Là, le responsable m’explique qu’ils ont été jusqu’à 40 000 personnes au plus fort de la crise, ils ont même installé une église Baptiste (sous bâche). Aujourd’hui la plupart ont rejoint leurs quartiers et leurs maisons, mais il reste encore « l’école des bâches » qui accueille encore, environ 1 000 enfants non-scolarisés (certains viennent aussi du quartier).
l'école des bâches: juste une poutre en bois pour s'asseoir !
-          TOUT CELA ME PROUVE  (ce que vous savez aussi, d’ailleurs !)  QUE LES PRINCIPAUX EFFORTS POUR ACCUEILLIR LES MIGRANTS SE FONT D’ABORD DANS LES PAYS DU SUD …..  et que « l’Europe et la France sont loin d’accueillir toute la misère du monde » !
tout un programme en Afrique !

LU DANS LA PRESSE ……FRANCAISE ! (pour une fois !)
Un peu plus haut sur la carte, à Kabo, l’État centrafricain est là aussi absent. Autour de l’église, que les deux prêtres centrafricains ont quittée il y a deux ans pour l’évêché de Bossangoa, on trouve le camp de Solidarités International, celui de Médecins sans frontières (MSF), qui constitue l’unique hôpital de la région, et la base de l’Office international des migrations (OIM), installé dans la maison paroissiale.
À tour de rôle, dix catéchistes assurent l’organisation de la célébration du dimanche qui rassemble plus de 600 personnes. « L’Église appartient aux chrétiens, pas aux seuls prêtres », souligne Solange, l’une des catéchistes, par ailleurs salariée de Solidarités International. « Pour les hosties consacrées, nous les faisons venir de Kaga-Bandoro et nous les payons. » Moyennant quoi, la célébration est priante, accompagnée par une chorale impeccable qui a répété la veille.
Pour la visite du pape à Bangui, le 29 novembre 2015, la paroisse de Kabo avait délégué quatre personnes. « Quand un père écoute les cris de ses enfants et vient fouler leur terre, il faut être là. Cela nous a pris sept journées en tout pour aller, assister et revenir. Le président du conseil pastoral, Guy-Barthélemy, a raconté ensuite la visite du pape à la célébration du dimanche. Sans micro, puisqu’on nous l’a volé au début des événements », explique Solange.
En Centrafrique, les ONG s’affairent en essayant de pallier les manques, de panser les blessures de la guerre, de calmer les haines. Et pourtant, à Bangui, certains s’impatientent. Un haut responsable religieux regrette que « le pays soit sous tutelle ». Sur le travail des ONG, il reflète un sentiment souvent partagé par la population au vu des 4×4 des organisations étrangères qui sillonnent la capitale : « Quand on voit tout ce que reçoivent ces ONG et ce qui nous revient au final, on peut se poser des questions. Les gens ont hâte de les voir repartir. »
 LA CROIX – L’EVENEMENT  Pierre Cochez  1° Mars 2016

Y a pas de risque: les œufs sont durs !
atterrissage à N’Djamena
Visite au Tchad :

Cette visite a été « hors norme ». Tout s’est très mal passé, à cause d’un visa que je n’ai pas réussi à obtenir, ni à Bangui (parce que le consulat du Tchad est fermé depuis 2 ans !) ni par internet….  Mais comme le site des voyageurs de l’ambassade du Tchad précise bien « que si le voyageur arrive d’un pays où il n’y a pas d’ambassade –notamment en Afrique-, il peut obtenir le visa en arrivant à l’aéroport avec une dérogation particulière. »  Vu ma situation, j’ai informé la JOC du Tchad pour qu’ils prennent les mesures nécessaires….ce qui n’a pas été fait… conclusion : une suite de problèmes du début jusqu’à la fin de mon séjour, avec les autorités policières, si bien que je n’ai pas pu remplir convenablement ma mission pour la JOC. 
une des rares photos de la JOC du Tchad !
une "mouche maçonne" (ou quelqu'un d'autre de sa famille) en plein travail, sous une ampoule !
l'enseigne de l'école catholique des Frères de La Salle, écrite en arabe !
LE FILM DES EVENEMENTS EN RESUME :

-          Lundi 29 février : arrivée à N’Djamena : on me prend mon passeport et on me remet un sauf-conduit de 24 heures
-          Mardi 1 mars: tentative d’expulsion….ratée, car l’avion décolle avant que je n’arrive à l’aéroport
-          Mercredi 2 mars : journée de travail avec la JOC, en croyant que la situation a été réglée grâce à l’intervention de l’ambassade de France
-          Jeudi 3 mars : expulsion du Tchad, par la force… car je refuse de partir sans mes bagages ! et on m’envoie au Togo (où se trouve le siège de la compagnie d’aviation qui a permis que je voyage sans visa !). Au Togo, on me refuse, car je n’ai pas de visa (non plus !) et on me renvoie ….. au Tchad !!!  10 heures d’avion pour cet aller-retour avec escale à Yaoundé (à l’aller) et à Abuja (au retour) ! Journée éprouvante !
-          Du 4 au 7 mars : je suis consigné dans une chambre d’hôtel, sous la responsabilité de la compagnie d’aviation (et à ses frais !) et sous la surveillance discrète de policiers. Je peux quand même accueillir des responsables JOC pour faire quelques « petits bouts de formation » !
-          Le 7 mars  au Matin, je quitte le Tchad, sur un vol d’Air Maroc, en direction de Rome !
Dessin découvert sur une revue, dans un avion: de quoi vous mettre en confiance !

LA MORALE QUE JE RETIRE DE CETTE AFFREUSE MESAVENTURE : Je me rends compte –comme vous- que les frontières deviennent de plus en plus compliquées à franchir. Pourtant une frontière devrait être un lieu de rencontres et d’échanges !
Sûrement que les politiques Européennes de ces 20-30 dernières années ont amené les pays du Sud (Afrique entre autres) à adopter ces mêmes mauvaises habitudes. Beaucoup d’Africains sont rejetés aussi d’un pays à l’autre et sont mis sur des chemins de galère, d’incertitude et parfois de mort.
Autant dire que l’Evangile a encore toute sa pertinence dans ce monde,
-          pour montrer qu’un autre chemin est possible dans la Galilée des nations.
-          pour donner le sens de l’ouverture aux autres, de la solidarité par delà toutes les frontières (géographiques, politiques, intellectuelles, religieuses…)
-          pour s’accueillir dans la différence, en dressant des ponts, et en supprimant des barbelés !


Dieu est généreux: multi services ! 

LU DANS LA PRESSE MALIENNE


L’Union des Associations et des Coordinations d’Associations pour le Développement et la Défense des Droits des Démunis (UACDDDD) a organisé une grande marche, le Mercredi 09 Mars 2016 à Bamako, afin de dénoncer les accaparements des terres dont ses membres sont victimes. L’UACDDD demande au président de la République Ibrahim Boubacar Keita, aux députés et aux juges de traduire devant les juridictions les auteurs qui fouleront au pied les droits des pauvres en les dessaisissant de leur terre. Les marcheurs ont remis aux honorables députés un livre vert contenant toutes les recommandations auxquelles ils aspirent pour que les pauvres et démunis puissent jouir de leur plein droit dans leur pays.
Partie de la place de la liberté, la marche des « soldats défenseurs des droits des pauvres » qui a pris fin devant le monument de l’indépendance a enregistré la participation d’une centaine d’associations et de collectifs ayant tous comme dénominateur commun : la lutte contre l’accaparement des terres des pauvres au profit des riches, une pratique qui a tendance à s’institutionnaliser au Mali. Durant la marche, les marcheurs mecontents infligeaient des propos offensant à l’encontre des maires, des ministres, des avocats, bref de tous ceux qui rentrent dans les maillons de la chaîne de l’accaparement grandissant des terres des pauvres au profit des riches au Mali. « Nous voulons nos terres pour y habiter et quitter la location avec son lot de brimades, à bas les maires qui osent intercepter les lots des pauvres et les rétrocéder aux riches, il faut siffler la fin de cette recréation qui n’a que trop duré au Mali. Nous voulons vivre dans un Mali où pauvres et riches auront le même droit dans la justice, trop c’est trop etc. », scandaient les manifestants en cours de route.
 « L’administration malienne est devenue un syndicat des riches pour juste piétiner les droits des pauvres, cette pratique ne peut plus éterniser. L’un des buts de cette marche était d’informer aussi les autorités sur cette pratique qui déshonore l’administration malienne »

Moussa Samba Diallo                                                     Source: Le republicainmali
Entre N'Djaména et Casablanca, survol de l'immense désert du Sahara.....
..... et quelques minutes plus tard, surprise de trouver la neige sur les monts de l'Atlas Marocain.
Promis: je vais chez le coiffeur !