mercredi 15 juin 2016

N° 48 : PASSAGE DANS LES ILES


Sur le Niger
formation à Bamako avec l'équipe nationale JOC
Bonjour à vous tous depuis Madagascar, où je me trouve actuellement !
Depuis la dernière page Blog, il y a eu quelques kms parcourus et quelques événements.
-          Fin Mai, je me suis retrouvé à BAMAKO  pour fêter en famille, le Baptême et première communion d’Angéline , petite fille de Judith. Une belle journée, pleine de joie, de Foi et de fête dans la simplicité : c’était le dimanche 29 Mai.
le moment du baptême d'Angéline
Angéline avec son invitée : la soeur Paulette (de Ségou)
avec la marraine Patricia et sa famille

Angéline au milieu de ses co-baptisés
remise de la lumière

-          Puis le 1° Juin,  j’ai repris mes billets d’avion pour une nouvelle  tournée JOC en Afrique de l’Est : première étape de 12 Jours au Rwanda :  Tout d’abord en arrivant à Kigali (avec mon visa à multiples entrées, car je vais rentrer et sortir de ce pays trois fois en un mois et demi), j’ai vraiment bien respiré ! Enfin une température clémente et une atmosphère respirable, dans un pays très vert, où le thermomètre  se promène entre 15 et 25-30° durant toute l’année !
PREMIERES IMPRESSIONS :
= d’abord un paysage merveilleux…ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le « pays des mille collines ». En   fait tout est une succession de petites collines et vallées verdoyantes, des villages parsemés. Des routes bitumés et en parfait état. Des véhicules confortables et qui ne polluent pas !

vue sur Kigali
= En arrivant, j’ai été aussi heureusement surpris par l’état de la ville de Kigali : Tout y a été reconstruit à neuf : bâtiments administratifs, hôtels de luxe, route impeccables, éclairage impeccable….  Aucune trace de la « guerre civile de 1994 ». Le pays a tourné la page et avec efficacité, semble-t-il.
= personnellement, les premiers jours à Kigali ont été difficiles : malgré le climat favorable, je ne me sentais pas bien…j’étais souvent essoufflé, je commençais à m’inquiéter lorsque j’ai découvert (le 3ème jour !) que Kigali se trouvait entre 1500 et 1800 mètres d’altitude !

= La découverte de la JOC : Un phénomène de JOC, bien particulière ! On annonce 6904 militants (autant de gars que de filles). Mais c’est une JOC surtout organisée autour de coopératives qui se sont créées pour répondre à des besoins d’emploi ou de formation.

la JOC a de nombreux projets dont un garage voitures
Exemple : sur la ville de Kigali, il y a 19 coopératives de « chargeurs-déchargeurs » : ça a commencé en 1989, quand les déchargeurs se bagarraient entre eux pour se précipiter sur les camions, déchargeaient, volaient une partie, se faisait poursuivre par la police…la pagaille, quoi ! La JOC les a aidés à s’organiser en coopératives, à travailler collectivement, à s’autogérer dans les conflits, à épargner, à être solidaires ! 

avec les membres de la coopérative des chargeurs-déchargeurs
Il existe aussi des coopératives de menuisiers, de soudeurs. La JOC gère un garage auto, et de nombreux centres de formation technique… bref, toute une panoplie de services qui rassemblent des jeunes, « qu’on appelle Jocistes »….mais ces derniers ne connaissent pas la démarche fondamentale de la JOC qui consiste à faire la révision de sa vie.
visite dans un centre de formation à la coiffure

= La rencontre d’amis : soit des amis que j’ai rencontrés déjà en France, soit la rencontre de gens que l’on m’avait signalés et invités à rencontrer. Cela a été l’occasion de renouer des liens entre des personnes par delà les frontières. De beaux moments de solidarité et d’amitié.
avec Jean-Claude et Vestine: jeunes mariés du Rwanda
= mariage : j’ai eu aussi la chance de participer à une longue journée du mariage d’ Ernest (trésorier national JOC) avec Dativa : une belle occasion de voir les rites du mariage traditionnel et religieux. Les deux célébrations (familiale et religieuse) se sont passées à  300 km l’une de l’autre (soit 4 heures en minibus)…. Au retour, j’ai pu suivre le match Angleterre-Russie dans le véhicule, mais en kinirwandais… heureusement, il y avait des traducteurs à côté de moi.
avec les mariés du jour : Ernest et Dativa

= Un grand moment  pour moi, dans ce séjour, et dans la suite de nombreuses visites à des amis, a été la visite au MEMORIAL DU GENOCIDE. Rien à en dire, sinon le SILENCE RESPECTEUX …
" Rejetons l'idéologie du génocide. Souvenons-nous, bâtissons l'unité et le renouveau"
-          Premier atterrissage à Antananarivo : avant-hier, arrivée sur la grande île, après un long voyage de 20h qui m’a amené de Kigali à Johannesburg (Afrique du Sud), puis à Nairobi (Kenya), pour arriver à Antanarivo. Surprise : ici, il pleut et il fait froid ! Pour le moment, ce n’est qu’un passage en vitesse, car  ce soir, je pars pour 5 jours à l’ile de la Réunion. Ensuite, je reviendrai à Madagascar pour un séjour de 3 semaines.
vue aérienne avant d'atterrir  à Madagascar
VU DANS LA PRESSE MALIENNE :

sur le chantier de la digue (à Mopti)
Luc recrépit sa maison en banco
La 9ème réunion du Comité de suivi de l'accord d'Alger, qui devait s'ouvrir aujourd'hui à Bamako, a été reportée une nouvelle fois. Le gouvernement et les groupes armés ne sont pas parvenus à un compromis autour du processus de mise en place des autorités intérimaires. Aucune date n'est pour le moment fixée. Mais la Plateforme et la CMA ont décidé de suspendre leur participation aux travaux des sous-comités prévus les 1er et 2 juin derniers et du comité de suivi.

le port de Mopti, presque à sec
La réunion d'Alger qui s'est achevée en début de semaine avait pour but de « lever les blocages» dans le processus. Au final elle n'a pas permis de faire bouger les lignes.

Dans un communiqué conjoint, la CMA et la Plateforme ont décidé de suspendre leur participation aux sous-comités. Du coup, la 9ème réunion du Comité de suivi de l'accord, prévue aujourd'hui et demain, a été reportée.

Les mouvements armés reprochent au gouvernement « son manque de volonté à trouver des solutions consensuelles à la mise en place des autorités intérimaires et pour la suite de la mise en œuvre de l’accord ». Ils exigent que ces autorités intérimaires soient « installées en priorité dans toutes les régions du Nord ».

Une position que récuse le gouvernement, pour qui les groupes armés font « une mauvaise interprétation » du texte de l'accord. Selon la partie gouvernementale, « la mise en place des autorités intérimaires concerne en premier lieu les communes où existent des dysfonctionnements dans les conseils communaux ».

Un an après la signature de l'accord pour la paix et la réconciliation, sa mise en œuvre fait face à des obstacles. Les attaques se multiplient contre les forces armées maliennes et les forces internationales. Cette semaine, le gouvernement a du repousser une nouvelle fois les échéances pour la tenue des élections communales et régionales.

L'opposition politique qui avait attaqué la loi de mise en œuvre des autorités intérimaires devant la Cour constitutionnelle, continue d'avoir des réserves . Selon elle, « ce n'est pas le texte en lui qui est mauvais, mais c'est son applicabilité qui pose problème ».

Source: Studio Tamani

Emmanuel, heureux de prendre son bain
troupeau de bovins traversant le fleuve Niger
hutte de pauvres devant maison de gens fortunés (à Mopti)
Thérèse hésite à se jeter à l'eau pour rejoindre son cousin

mercredi 18 mai 2016

N° 47 : DERNIER LONG SEJOUR AU MALI

marchons avec joie et en couleurs !
De retour au Mali début avril, je suis en train d’y vivre mon dernier « long séjour » : presque 2 mois, qui se sont répartis comme suit :

c'est l'époque des mangues: Emmanuel vous en propose une brouette...à bon prix !
-      8 jours de retraite à Ségou : En allant vers le nord (à Mopti) j’ai fait halte  à Ségou dans la communauté religieuse où je m’arrête souvent pour prendre un café ou une bière…cette fois-ci, j’y suis resté une semaine entière pour un temps prolongé de réflexion et de prière. J’en ai profité pour m’atteler à un « livre-monument », de Joseph MOINGT, intitulé «  croire au Dieu qui vient ». C’est seulement le tome 1 et il fait 600 pages, en petit caractère !!! Un peu difficile à avaler, je le reconnais ! Est-ce cela qui m’a fatigué ?  je ne sais pas…. Mais en arrivant à Mopti, il m’a fallu…
Chez les soeurs, j'ai aussi fêté le passage aux 67 ans
avec quelques amis
photo de famille
…8 JOURS en « repos forcé » que j’ai passé à Sévaré, chez les « sœurs de Jésus  Ouvrier », qui habitent à 300 mètres de l’hôpital géré par la Mission, et qui m’ont choyé, pour que je retrouve la forme, et me débarrasse du Palud + Typhoïde + hypo-glycémie + chute de tension (à 8/6 !)…. Le bonhomme n’en menait pas large !!!
rien à ajouter.....c'est "l'essence même" ....de notre foi !?
-      Fête du 1° Mai avec la JOC. J’avais juste retrouvé la forme (pas olympique encore, car la grosse chaleur fatigue beaucoup !), pour accompagner les jocistes à leur fête diocésaine, que j’ai bien appréciée. Ils étaient environ 70 jeunes, et la fête était vraiment conduite par eux !
photo du rassemblement JOC
-      Lancement et suivi d’un chantier nouveau à Bignat-ville. Pendant trois bonnes semaines, j’ai vécu au rythme « d’un chef de chantier qui surveille les travaux ». En effet, avec l’aide financière de certains amis, on a pu s’engager à « sauver un terrain et une maison d’habitation » de la montée régulière des eaux du Niger. Depuis 15 ans, l’érosion est telle, qu’une famille amie a perdu le tiers de son terrain, et que l’eau du fleuve (à la saison des pluies) arrive à moins d’un mètre de la porte de la maison ! La construction d’une digue protectrice s’imposait, mais impossible de l’envisager sans financement extérieur. Pendant 15-20 jours, je suis venu m’asseoir sous les manguiers, pour lancer les travaux et voir leur avancée. De temps en temps, je prenais bien la pelle, mais je ne tenais pas longtemps par des 40°45° à l’ombre ! Ce temps m’a permis de me plonger dans plusieurs livres, tout en admirant les activités des uns et des autres au bord du fleuve, tout en constatant le courage des travailleurs Maliens…. Et aussi de me plonger carrément dans les eaux chaudes du Niger (plus propre que le Bani qui passe devant la Mission à Mopti !)
Luc indique le niveau qu'il faut combler (et qui a été emporté par le fleuve !)
le sable est déchargé de la pirogue
le chantier fait la joie des enfants
début de la tranchée et du chantier
le gravier doit être transporté en camion et traverser le fleuve !
ENTENDU A LA RADIO ET LU DANS LA PRESSE LOCALE :
un petit motoculteur (venant des Essarts) a traversé le Niger, pour le projet RIZ-JOC

Fin Avril, j’entends une radio internationale  se réjouir parce que « sur les 100 personnes les plus influentes dans le monde, retenues par le Time, il y avait …  trois Africains ! » (article ci-dessous), et parmi les trois :
-       Une jeune Gambienne qui vit en Amérique du Nord
-       Un prêtre Erythréen qui vit en Italie
Ces deux-là ont eu tout le soutien médiatique que l’on connait dans les pays du Nord, pour se faire connaitre et reconnaitre !. Cela n’enlève rien à l’importance de leur combat, çà va de soi  !
-       Il n’en reste qu’UN SEUL sur le sol Africain !

« Trois seulement ? ou même UN SEUL ? »  me suis-je écrié ?  « N-y a-t-il pas plus d’Africains qui méritent qu’on les reconnaisse, comme des  bougeurs de planète ou au moins de leur continent ? Comment se fait-il qu’on ne reconnaisse pas le travail et le courage des Africains qui font  changer les mentalités. CAR IL Y EN A !
Que l’on n’en trouve pas dans la classe politique, n’est pas étonnant…..et c’en est d’autant plus dramatique !
Mais que l’on n’en trouve pas dans la société civile….pose question !  Pourquoi ne les reconnait-on pas ? Parce qu’ils sont trop silencieux ? Pas assez actifs ? pas assez performants ?....ou trop loin des USA et son journal le « Time » ?
C’était mon simple avis, en cette période de chaleur où on s’énerve facilement !
Luc attache son âne, surnommé "Coumély"  (tiens donc!)

Comme chaque année, le magazine américain Time vient de publier la liste des 100 personnes les plus influentes dans le monde. Parmi elles, trois Africains, tous issus de la société civile : le docteur Denis Mukwege, qui soigne les femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo ; la jeune Gambienne Jaha Dukureh, fondatrice d'une association de lutte contre l'excision ; et un prêtre érythréen, Mussie Zerai, qui aide les migrants qui essaient de rejoindre l'Europe.
Le docteur Denis Mukwege est le plus connu des trois. Son travail auprès des femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo est salué depuis des années dans le monde entier. Il a d'ailleurs reçu l'année dernière le prix Sakharov au Parlement européen pour cet engagement sans faille. Dans le portrait qui accompagne la liste, on peut lire : avec sa voix calme et son sourire, Denis Mukwege est devenu un sanctuaire dans la guerre oubliée qui se joue dans la région.
Le magazine américain a également distingué la jeune Gambienne Jaha Dukureh. Le Time a même choisi de la placer dans la catégorie « Leader ». Celle dans laquelle on croise Barack Obama, François Hollande, Vladimir Poutine, Angela Merkel, les dirigeants chinois, turc et nord-coréen ou encore Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire internationale.
Jaha Dukureh et la question de l'excision
Il faut noter qu'aucun dirigeant africain ne fait partie de la liste. Les trois personnalités du continent sont toutes issues de la société civile. A l'image donc de Jaha Dukureh. Excisée lorsqu'elle était enfant, elle consacre aujourd'hui toute sa vie à lutter contre ces mutilations. Elle a lancé une pétition l'année dernière sur Internet, obtenu plus de 220 000 signatures... assez pour que le président américain décide de se pencher sur la question.
Le combat de Jaha Dukureh a surtout conduit le chef de l'Etat gambien a annoncer l'interdiction de l'excision dans le pays alors que la pratique était largement répandue. Les trois quarts des femmes étaient concernées mais, depuis quelques mois, ceux qui imposent des mutilations sexuelles risquent jusqu'à trois ans de prison et 1 300 dollars d'amende.  
Mussie Zerai et le drame des migrants
Enfin, le Time magazine a aussi placé dans son classement le prêtre érythréen Mussie Zerai. Ce dernier a fui son pays à l'âge de 17 ans et aujourd'hui, de l'Italie où il est installé, il aide les migrants qui comme lui viennent chercher une vie meilleure en Europe. Mussie Zerai, les passagers des canots connaissent son numéro de téléphone et l'appellent en cas de problème. Le prêtre catholique se charge ensuite de transmettre les coordonnées des bateaux aux garde-côtes pour que les migrants puissent être secourus.
« Quand je reçois un appel de détresse de la mer Méditerranée, depuis 15 ans, je collecte toutes les informations : combien de personnes se trouvent à bord, quelles sont les conditions météo, où se trouve le bateau exactement, témoigne le prêtre. Puis je téléphone aux garde-côtes italiens pour qu'ils viennent les secourir. Mon numéro passe d'une main à l'autre, il circule sur les réseaux sociaux, même sur des radios dans notre langue. Depuis dix ans, mon téléphone est devenu un téléphone public ! Et de conclure : J'essaie de sauver les vies de ces gens, voilà ce que je fais.


j'en ai aussi profité pour "passer mon permis bateau"! (valable uniquement sur le Niger!)
baignade dans le Niger avec quelques jocistes

c'est aussi l'époque de la récolte des oignons....

et de leur transport en pirogues ou en camions

Emmanuel et sa grande soeur Rosine, vous disent "Bonne route!)



jeudi 14 avril 2016

N° 46 : De PASSAGE AU MALI


AFRICA !
Bonjour à chacune et chacun depuis le Mali que je viens de retrouver.
Margelle d'un puits marqués par le frottement des cordes
saison sèche : le niveau d'eau a beaucoup baissé
Ici, c’est la grosse chaleur avec plus de 40° (à l’ombre) et un vent brûlant qui nous vient du désert…. Ça change des températures fraiches de l’Europe (Italie et Paris) où j’ai vécu quelques réunions avec la CIJOC, visites d’amis à Rome ou en France, semaine sainte à Paris, sans oublier les contrôles médicaux nécessaires.
le pape François dans la foule, avant l'audience du Mercredi
vue sur Rome
           Puis je suis rentré au Mali (le 6 avril) en prenant le col le moins cher….mais pas forcément le plus direct ! Car en prenant Turkish Airlines, je suis passé par Istanbul et ai passé une journée de 13 heures dans deux avions et aéroports ! Cà permet de découvrir d’autres paysages, et une compagnie forte accueillante, ma foi !
belle vue sur Paris (l'ile de la Cité au centre)
vue d'Istanbul (Turquie)
        De passage à Bamako, j’ai pu aussi rencontrer les responsables et aumônier JOC durant tout un weekend et proposer une formation en vue du conseil international (ce que je fais dans chaque pays visité)
avec la JOC du Mali
            Je vais durer un bon mois au Mali, pour y vivre un temps de retraite et de visites de travail, tout en préparant ma prochaine tournée vers l’Afrique de l’Est.

les moto taxis à Cotonou ( Bénin)
            BON COURAGE A VOUS !


vue sur Paris au décollage pour Istanbul
vue de la place St Pierre, depuis le sommet de la coupole

la fontaine de Trévi, (Rome) récemment restaurée
            Une amie Québecquoise  m’a envoyé un beau texte-témoignage ci-dessous, que je suis heureux de vous transmettre :  cette lecture est réconfortante...
sans commentaire !
Le Père Benoît Lacroix a 100 ans (8 septembre 2015)
Un grand homme encore parmi nous.
  Alors qu’il célèbre aujourd’hui son 100e anniversaire, le prêtre dominicain Benoît Lacroix  – également historien, enseignant et écrivain – partage sa vision réfléchie de la vie, de la mort, et son regard critique sur la religion catholique.                        Entrevue avec un religieux épris de liberté.
-
Lorsqu’on vous a proposé cette entrevue, vous avez dit : « Paraît-il que c’est mon anniversaire. » Ça vous amuse d’avoir 100 ans ?
Oui, parce que tout le monde me rappelle ce que je n’ai pas le droit d’oublier.
C’est un âge qui me surprend, même parfois je ne crois pas avoir 100 ans, mais je les ai. Je ne vois pas beaucoup de gens qui parlent de mes 100 ans sans se demander s’ils se rendront à cet âge. C’est une chance que j’ai. Et je peux célébrer avec une certaine vigueur, je peux en parler. Il paraît que je ne déraille pas trop ! (rires)
- Qu’est-ce que cet âge vous évoque ?
C’est un peu mystérieux. En s’approchant de 100 ans, on s’approche d’une échéance. On avance avec la certitude que ça ne peut pas durer.  En même temps, j’ai duré jusqu’ici, alors ça m’encourage à penser positivement. J’ai 100 ans, pourquoi pas 101 ans ou 102 ans ?
Mais ce ne sera pas 200 ans. L’ambiguïté d’avoir 100 ans est difficile à décrire, parce que tout le monde me félicite, mais moi qui ai 100 ans, je sens que mon corps est moins agile. Je suis dépendant de quelques pilules, de quelques visites au médecin, de quelques examens périodiques pour la santé.
« La télévision est née… en 1950 ! J’avais déjà presque 40 ans. C’est un monde ! »
- Comment entrevoyez-vous l’avenir ?
L’avenir est limité. Il y a la vie, la mort, puis l’au-delà. Je suis un croyant. Ensuite, je suis un historien.
Je m’aperçois que les religions musulmane, juive et chrétienne croient que ça ne finit pas avec la mort.
Ça m’impressionne, comme historien, cet univers d’espérance pour toute l’humanité croyante, et je me dis : ça ne se termine pas comme ça.
Je suis certain qu’il faut que ça continue. Ça donne un élan ! Ensuite, j’ai accompagné tellement de gens en fin de vie que je sais de quoi il s’agit.
Ce qu’on appelle la mort est un passage et non pas une finale. Pour toutes les personnes marquées par la culture chrétienne, ça va de soi.    Mais beaucoup de gens ne sont plus capables de croire à ça, parce qu’ils ont été blessés.
- Par la religion catholique ?
Plusieurs ont été trompés par la religion. Elle a paru comme une morale mal ajustée à la société, surtout en matière conjugale et sexuelle.   La religion a voulu mettre des lois et elle n’avait pas à le faire. Elle a fait du zèle, elle a pris des risques et elle a éloigné beaucoup de monde.
Comme historien, je m’y attendais. Il faut retrouver la liberté pour pratiquer une religion.
C’était dangereux de mettre des péchés au bout de ça, avec l’enfer, le feu et le purgatoire. Ce n’était pas correct.
On voulait tellement avoir raison qu’on a commencé à faire peur aux gens. Si on fait peur aux gens, on n’est pas dans la bonne religion.
-
Vous faites preuve d’une ouverture d’esprit étonnante par rapport à l’image qu’on se fait de la religion catholique
J’ai beaucoup vécu avec les jeunes. Je les ai accompagnés. J’ai fait beaucoup de funérailles de jeunes suicidés.
J’ai connu beaucoup d’étudiantes qui se faisaient avorter. Quand on vit tout ça, on n’a pas envie de faire de morale; on a envie d’aider.   Il faut faire confiance aux personnes, quelle que soit leur misère ou leur erreur. Je n’ai pas du tout envie de juger qui que ce soit.
-
Vous considérez-vous comme progressiste ?
Je n’ai aucune idée si je suis progressiste ou arriéré.
Devant une personne à qui il arrive toutes sortes de choses et qui t’en parle comme si tu étais son frère, qu’est-ce que tu fais ?  Tu l’écoutes et tu l’aimes. Ce n’est pas le temps de dire: «Fais pas ça.» Ce n’est pas par des discours qu’on aide des gens, souvent c’est par notre présence, notre attitude.
- Que pensez-vous du pape François ?
Il est en train de brasser la cage, ça va faire du bien. Il est très crédible. C’est un leader.
Il est ouvert, respecte la liberté, n’a pas peur des autres, ne se gêne pas pour fraterniser avec des gens qui, en principe, ne sont pas de son bord…  C’est très positif. Surtout, il ne moralise pas pour rien. Je voyais que les papes n’en finissaient pas d’être contre l’avortement, de le répéter en citant le pape précédent…
Ça m’énervait. Lui, il parle de l’importance de la vie, c’est tout.
-
Avec un nom comme Lacroix, vous deviez être prédestiné à la religion ?
Pas du tout! J’avais une blonde que j’aimais beaucoup ! C’est un choix qui s’est fait à mesure. J’avais 20 ans et elle était belle, c’était dur ! (Rires)   À notre dernière rencontre, elle m’a dit : «Si tu veux faire un prêtre, fais un prêtre. Et si ça marche pas, on fera des p’tits prêtres !» (Rires)    J’ai reçu le don de la foi. Le Christ a inclus sa mort dans le don de soi. Je suis en admiration devant lui, comme je le suis devant Gandhi et Martin Luther King…
J’ai vécu 100 ans, Gandhi est mon contemporain, Luther King est de mon temps. Ces gens ont donné leur vie.
- Pourquoi êtes-vous allé chez les Dominicains en particulier ?
Ça, c’est purement superficiel! Je ne voulais pas vivre comme les prêtres séculiers, seuls dans les presbytères, ça ne m’apparaissait pas normal.   Je voulais trouver une place avec un esprit familial. Chez les Dominicains, il y a beaucoup de liberté et en même temps beaucoup de cohésion.
Et les gens étudient beaucoup. Je n’ai pas choisi, je suis allé voir. Ce n’est pas une vocation brillante mon affaire, je me suis laissé porté par les circonstances.    J’y suis entré en 1936 et je suis bien ici. J’y ai appris la vie.
- Vous optimiste, qui voit le beau plutôt que le laid, le bon plutôt que le méchant.
    Comment faites-vous pour rester émerveillé après toutes ces années?
Je suis très optimiste parce que je suis très marqué par la nature.
Dans la nature, la lumière est plus forte que les ténèbres, le jour est plus fort que la nuit, l’arc-en-ciel est plus fort que tous les orages, le tonnerre et les éclairs, le bien est plus fort que le mal, l’amour est plus fort que la haine…

À propos de…
*       
La mort : «Je n’ai pas peur de la mort, je l’ai côtoyée beaucoup autour de moi. Je la trouve normale, acceptable.
Pour moi c’est un fait, une situation normale de l’existence humaine.»
*        
La nature : «Je suis très près de la nature. J ’ai été éduqué avec et par la terre, chez des cultivateurs.
J’ai vécu près des Amérindiens, pour qui la nature est presqu’un Dieu. Je crois qu’elle m’aide à faire face à la vie.»
*        
La sexualité : «Il faut en parler, sans aucun doute. Ça fait partie de l’expérience personnelle, il ne faut pas mettre du mal là-dedans.»
*        
L’amour : «Les gens me demandent souvent: “Comment faites-vous, vous ne faites pas l’amour?” Non, mais on n’en finit pas d’aimer. Je ne manque pas d’amour.»
*     
Côte-des-Neiges : «Une grande richesse»
Benoît Lacroix vit au couvent des frères dominicains Saint-Albert-le-Grand, dans le quartier Côte-des-Neiges.
«Il y a là la vie multiethnique à son meilleur, dit-il.
Pendant l’été souvent, je vois la femme musulmane intégriste habillée, pour nous, de façon démesurée, à côté de la petite qui est presque en bikini, et personne n’a l’air de s’étonner et, surtout, personne n’a l’air de juger l’autre. C’est une grande richesse. Une richesse sociale.»
le Colisée (à Rome) la nuit

Rendez-vous au prochain Blog !